RMA : Les facettes de l'existant, ou un nouvel art opérationnel

La révolution dans les affaires militaires: les facettes de l'existant, ou un nouvel art opérationnel (par François Géré).

 

 

La révolution dans les affaires militaires


 


 

Les progrès technologiques des derniers siècles n'avaient cessé de permettre l'amélioration des instruments de la bataille, en multipliant et en dynamisant la puissance du feu. L'énergie dépensée pour détruire l'adversaire ne cessait de croître et d entraîner une course aux armements dont la nécessité du nombre multiplié par le coût croissant conduisait la plupart des armées modernes à l'asphyxie.


 

L'électronique, qui a conduit dans un premier temps à la conception de systèmes militaires déplus en plus complexes, lourds et coûteux, présente de telles possibilités dans ses développements actuels et futurs, qu elle est en passe de rendre obsolètes les armements dits classiques. Par la précision et l'universalité des moyens d'observation et de neutralisation, elle rend désormais vulnérables les systèmes les mieux protégés. Elle permet, de ce fait, par inhibition ou destruction préventive, d'interdire aux moyens militaires de parvenir, en ordre de bataille, à ce qui reste leur finalité: l'affrontement avec l'adversaire.


 

Certes, cette révolution est aujourd'hui un concept d'ordre opérationnel exclusivement assujetti à l'influence américaine. Il suppose pour être 'Opératoire'' qu existent des adversaires - ou des partenaires - disposant de moyens de même nature à défaut d'être de même ni veau. Or le décalage technologique au détriment de la quasi totalité des États est tel qu'on peut douter de la praticabilité à moyen terme d'une stratégie opérationnelle fondée sur des armes de ce type. D'autant que, si adversaires il doit avoir, ceux-ci n'auront de cesse que de se sortir de ces contraintes technologiques en développant des stratégies indirectes, en mode mineur, insensibles à la prévention voi re à la dissuasion, dont on sait en outre, pour les avoir subies depuis quelques décennies, qu elles sont d'une redoutable efficacité.


 

La révolution dans les affaires militaires aura des effets considérables dans l'ordre stratégique et par conséquent dans la politique. Elle a pour ambition la maîtrise de la puissance et pour objectif la supériorité absolue surtout adversaire. C est vouloir considérer que guerre et violence intersociétale sont désormais interdites. Interdites mais pas impossibles. La RAM, à l'évidence, ne saurait être une nouvelle panacée mais, comme son nom l'indique, une réelle révolution dont nous sommes aujourd'hui incapables de discerner les conséquences sur les rapports de forces


 

 


 

Les Facettes de l'existant, ou un nouvel art opérationnel


 

par François Géré', agrégé, docteur en histoire, directeur scientifique de la Fondation pour les études de défense (FED).


 

D'une manière plus générale, la RAM cherche à mettre à disposition de la force armée les transformations engendrées par le développement de la société de l'information.
De ce fait, elle entretien une relation étroite mais complexe avec une nébuleuse conceptuelle récemment apparue, " la guerre de l'information " qui inclut plusieurs catégories de la guerre (guerre électronique, guerre du commandement, guerre psychologique, agressions informatique & etc).
Sérions donc les objets. La RAM entend intégrer dans un "système des systèmes " trois types de capacités : le C4-I, la surveillance-reconnaissance et les armes de précision.


 

 


 

 LA CAPACITÉ C4-1

 

 

 


 

Traditionnellement, la capacité à communiquer est apparue comme un des éléments clés de toute stratégie. Napoléon


 


 


 

 

 

LA SURVEILLANCE RECONNAISSANCE

 

Les activités de surveillance et de reconnaissance qui fournissent le renseignement reposent sur une gamme de moyens en expansion continue couvrant des champs d'action complémentaires. La liste complète en serait fastidieuse. On se limitera ici à indiquer le rôle des satellites, des drônes et des avions (de type AWACS) dans les domaines de l'observation et de l'écoute électronique (J-STARS). Les satellites d'alerte avancée en orbite géostationnaire détectent dans l'infrarouge les départs de missiles. Les satellites d'observation et d'écoute permettent de disposer du renseignement sur les activités de l'adversaire. Tandis que les satellites de télécommunication assurent la diffusion des données, les satellites de navigation guident les armes. Les satellites météorologiques apportent leur concours à la planification et à la conduite des opérations aériennes.


 

La supériorité par l'information exige donc la domination de l'espace. Dès lors on comprend que plus l'information-communication affirme son caractère central, tant dans le secteur civil que militaire, plus le contrôle de


 

l'espace devient essentiel. Dans ces conditions, il paraît nécessaire non seulement de pouvoir protéger ses propres satellites mais aussi d'interdire l'utilisation de l'espace à l'adversaire. Les États-Unis se sont donc toujours refusés à signer un quelconque document interdisant les armes antisatellites. Régulièrement, à travers d'innombrables controverses, ils ont maintenu certains programmes de recherche permettant de disposer d'une capacité de cette nature.


 



 

LES ARMES DE PRÉCISION

 

L'amélioration considérable de la navigation et du guidage, le développement des capteurs, couplés avec le recours à des explosifs de très haute énergie permettent aujourd'hui de disposer d'une large gamme d'armes précises. Depuis bientôt dix ans l'Irak sert de terrain d'expérimentation pour les missiles de croisière Tomahawk et les bombes à guidage laser. Sont venus s'ajouter les pénétrateurs à grande profondeur et les BAT (Brilliant anti-armor submunitions).


 

Pour l'avenir, se pose alors une question essentielle : dans les opérations futures, la guerre du commandement, qui recherche la décapitation, est-elle appelée à occuper une place infiniment plus importante qu'auparavant ? Dans les plans de frappe de l'Irak, les cibles prioritaires sont les centres de commandement et de communication. En Bosnie, quelques frappes ajustées sur les postes de commandement de l'artillerie serbe, ont suffit à ramener les choses à de plus justes proportions.


 

Tout comme le Blitzkieg ou l'organisation des task-forces autour du porte-avions - références privilégiées des théoriciens -, la RAM se limite à certains objets mis au service de la bataille. De fait, elle se fonde clairement sur une approche très offensive des opérations. D'esprit napoléonien (bien plus que clausewitzien), elle recherche la bataille d'anéantissement qui touche immédiatement l'adversaire au niveau stratégique et politique. Aussi paraît-il préférable de parler d'un nouvel art opérationnel (ou, plus exactement opératique, NAO), fondé sur la triade information-électronique-informatique.


 

 

LE DÉFI DE L'INFORMATION

 

Révolution de l'information, révolution dans les affaires militaires, l'abus du terme nuit à la crédibilité du phénomène. Les contestations qu'on en fait ne manquent ni de pertinence ni de fondements. Mais prétendre le réduire à une simple manipulation budgétaire des crédits de défense aux États-Unis serait n'y rien comprendre.


 

Car il est clair qu'après le nucléaire qui a engendré une révolution énergétique, les technologies de l'information et de la communication provoquent un bouleversement de l'économie et de la société. Elles affectent nécessairement, comme le fit (et le fait encore) le nucléaire, les fonctions traditionnelles de la stratégie militaire : agression, protection, mobilité, commandement, communication, soutien logistique, etc.


 


 

Sans esprit de paradoxe, disons que la RAM constitue aujourd'hui plus un défi pour les partenaires que pour les adversaires. Car pour ces derniers le problème est de rechercher les défauts de la cuirasse. Les Alliés, notamment ceux de l'OTAN, doivent prendre garde :


 

 

  • à ne pas se laisser entraîner sur des pistes financièrement épuisantes pour des résultats incertains -

  • à ne pas se trouver marginalisés en ne disposant plus des outils standards pour les opérations en coalition

  • à ne pas se voir distancés irrémédiablement par la création d'une série de gaps ;

  • surtout, à ne pas consacrer des moyens militaires qui ne correspondent pas à leurs fins politiques Car la France n'entend pas, comme les États-Unis, mener victorieusement deux conflits régionaux simultanés.

  •  

    Il convient donc d'interpréter, entre partenaires européens, le nouvel art opérationnel, en conformité avec nos besoins, nos buts stratégiques, nos finalités politiques.


     

    Dernière suggestion : la réponse n'est peut-être pas à trouver en termes de technologies militaires mais davantage dans le renforcement des compétences du secteur civil.


     

    Ce débat rappellera les interrogations suscitées par l'IDS (Initiative de défense stratégique) de 1983. Ajuste titre, puisque plus que jamais il s'agit d'affirmer la puissance par l'exercice d'une supériorité technologique croissante.


     



     

    ici.